(03)Article · Programmation horaire

Horloges et calendriers :
le dernier réglage
que personne ne touche

Publié le 28.09.2026Lecture 7 minSujet Programmation horaire

Le programme horaire est la seule fonction d'une GTB qui fasse baisser la consommation sans rien installer. C'est aussi celle qui dérive le plus vite — et la seule dont la dérive ne déclenche jamais d'alarme.

Le chiffre

Un bâtiment administratif de 6 000 m² en Valais. Occupation réelle : 47 heures par semaine. Ventilation en marche : 168. Le programme horaire disait pourtant 06h00–18h00, et il était juste : trois ans plus tôt, un technicien avait forcé la centrale en marche permanente pour une réception de chantier.

Cent soixante-huit heures

Une semaine compte 168 heures. Un immeuble de bureaux est occupé entre 45 et 55 d'entre elles. Une école, environ 35, hors vacances. Une salle de sport communale, entre 25 et 60 selon les sociétés locales. Dans tous les cas, la majorité du temps calendaire est du temps inoccupé — et c'est la programmation horaire, elle seule, qui décide de ce qui tourne pendant ce temps-là.

Aucune autre fonction de régulation n'a ce rapport entre coût et effet. Optimiser une loi d'eau demande des relevés et des semaines de paliers. Remplacer un ventilateur demande une commande, un arrêt d'exploitation et un budget. Corriger un horaire demande vingt minutes devant une supervision.

C'est précisément ce qui le rend invisible. Un poste sans coût n'a pas de ligne budgétaire, pas de commande, pas de réception — donc pas de responsable.

Ce qu'on trouve en ouvrant les programmes

Les constats se répètent d'un bâtiment à l'autre.

Aucun de ces sept points ne produit d'alarme. Sur la supervision, tout est vert. Un équipement forcé en marche n'est pas en défaut : il fait exactement ce qu'on lui a demandé.

Ce que dit la norme

La commande temporelle n'est pas un réglage de confort : c'est une fonction d'automatisation évaluée comme telle. La norme SIA 386.110 — qui reprend en Suisse la méthode de la norme européenne EN ISO 52120-1 — classe les installations de A à D selon les fonctions d'automatisation effectivement présentes et actives. La programmation horaire de l'émission, de la distribution et de la ventilation, ainsi que la commande en fonction de l'occupation, figurent parmi les fonctions qui déterminent directement ce classement.

Le mot important est actives. Une fonction présente dans l'automate mais non paramétrée, ou neutralisée par un forçage, ne produit aucun effet. Une installation peut donc être conçue en classe B et exploitée en classe C ou D sans qu'aucun document ne le signale. C'est la situation la plus fréquente.

Du côté des protocoles, le vocabulaire existe et il est normalisé. BACnet (ANSI/ASHRAE 135) définit des objets dédiés — Schedule pour l'horaire hebdomadaire, Calendar pour les jours d'exception — et un mécanisme de priorités à seize niveaux sur chaque sortie commandable, où la commande manuelle et la commande automatique n'occupent pas le même rang. Ce mécanisme est précisément ce qui permet de distinguer une dérogation d'un forçage. Il est disponible dans presque toutes les installations, et exploité dans très peu.

Mettre en place une hiérarchie

Trois niveaux suffisent, à condition d'être écrits dans le cahier des charges et vérifiés à la réception.

La disposition qui change tout

Une alarme sur la durée d'un forçage est la seule mesure qui transforme un forçage oublié en événement traité. Sans elle, la hiérarchie reste une intention de cahier des charges.

La méthode d'audit

  1. Exporter tous les programmes horaires et tous les calendriers, par circuit. La plupart des GTB le font en un fichier ; sinon, des captures d'écran font l'affaire.
  2. Lister les points forcés, toutes priorités confondues. C'est la première opération, et souvent celle qui explique tout.
  3. Rattacher chaque programme à un usage réel et à une personne qui le connaît. Les programmes orphelins se traitent en dernier, jamais en premier.
  4. Comparer aux heures d'occupation réelles, pas aux heures déclarées. Un relevé de badgeuse, un comptage de présence ou simplement l'historique d'une sonde de CO₂ tranchent en une semaine.
  5. Vérifier l'horloge et sa synchronisation sur chaque automate, y compris les équipements tiers raccordés par passerelle.
  6. Reprogrammer, puis inscrire la révision annuelle du calendrier dans le contrat d'exploitation. Sans cette dernière ligne, l'audit se répétera à l'identique dans trois ans.

Le tableau à reprendre

Ce tableau s'annexe au cahier des charges et se remplit avec l'exploitant. Il devient ensuite le document de référence de la réception, puis de la révision annuelle.

Circuit / installationUsage desserviOccupation réelleProgrammeJours d'exceptionOptimisation de démarrageDérogation autoriséeResponsable
CTA 01Bureaux niveau 1–2Lu–Ve 07h00–18h00Lu–Ve 06h30–18h30Calendrier fériés VSOuiExploitant, 4 h maxGérance
Chauffage départ 1Bureaux niveau 1–2idemLu–Ve, réduit 19h–05hCalendrier fériés VSOuiExploitant, 24 h maxGérance
CTA 02Salle polyvalenteSur réservationHors programme, sur demande—NonSur réservationCommune
Chauffage départ 3À identifierInconnueContinuAucunNon——
Tableau de programmation horaire à annexer au cahier des charges

La dernière ligne est celle qui compte. Un circuit sans usage identifié tourne en continu parce que personne n'ose l'arrêter. Le nommer dans un tableau signé est ce qui déclenche enfin l'investigation.

Ce que ça change

L'ordre de grandeur mérite d'être annoncé honnêtement : corriger des horaires ne rénove pas un bâtiment. Sur une installation dont les programmes ont dérivé, la réduction porte sur les heures de fonctionnement des auxiliaires et sur les périodes de mise en température inutiles — c'est une économie réelle, mesurable, et obtenue sans investissement.

Mais le gain principal est ailleurs. Un bâtiment dont chaque circuit a un usage identifié, un horaire justifié et un responsable nommé est un bâtiment qu'on peut régler. Tant que ce tableau n'existe pas, toutes les optimisations suivantes — courbe de chauffe, débits variables, free-cooling — porteront sur une installation qui tourne, de toute façon, trois fois plus longtemps que nécessaire.

wall-i est un bureau d'ingénieurs indépendant en MCR et GTB, basé en Valais. Nos cahiers des charges sont ouverts à toutes les marques et nos livrables suivent les normes SIA et la nomenclature KBOB. Un sujet que vous aimeriez nous voir traiter : hello@wall-i.ch

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