Le programme horaire est la seule fonction d'une GTB qui fasse baisser la consommation sans rien installer. C'est aussi celle qui dérive le plus vite — et la seule dont la dérive ne déclenche jamais d'alarme.
Un bâtiment administratif de 6 000 m² en Valais. Occupation réelle : 47 heures par semaine. Ventilation en marche : 168. Le programme horaire disait pourtant 06h00–18h00, et il était juste : trois ans plus tôt, un technicien avait forcé la centrale en marche permanente pour une réception de chantier.
Cent soixante-huit heures
Une semaine compte 168 heures. Un immeuble de bureaux est occupé entre 45 et 55 d'entre elles. Une école, environ 35, hors vacances. Une salle de sport communale, entre 25 et 60 selon les sociétés locales. Dans tous les cas, la majorité du temps calendaire est du temps inoccupé — et c'est la programmation horaire, elle seule, qui décide de ce qui tourne pendant ce temps-là.
Aucune autre fonction de régulation n'a ce rapport entre coût et effet. Optimiser une loi d'eau demande des relevés et des semaines de paliers. Remplacer un ventilateur demande une commande, un arrêt d'exploitation et un budget. Corriger un horaire demande vingt minutes devant une supervision.
C'est précisément ce qui le rend invisible. Un poste sans coût n'a pas de ligne budgétaire, pas de commande, pas de réception — donc pas de responsable.
Ce qu'on trouve en ouvrant les programmes
Les constats se répètent d'un bâtiment à l'autre.
- Le calendrier des jours fériés s'arrête à une année révolue. Les GTB gèrent presque toutes un objet calendrier distinct du programme hebdomadaire ; il doit être alimenté chaque année, et personne n'a cette tâche dans son cahier des charges. Passé la dernière date saisie, le bâtiment chauffe et ventile les jours fériés comme des jours ouvrables. En Valais, cela concerne aussi la Saint-Joseph, la Fête-Dieu, l'Assomption et l'Immaculée Conception, qui n'apparaissent dans aucun calendrier livré par défaut.
- Les horaires décrivent une affectation qui a changé. Un plateau de bureaux devenu salle de formation utilisée deux jours par semaine garde l'horaire du plateau. L'inverse existe aussi, et il coûte du confort : un local passé en occupation continue garde un horaire de bureau.
- Les dérogations sont devenues permanentes. Une prolongation posée pour une séance du soir, une extension de plage pour un chantier, un passage en occupation pour un week-end de manifestation. La fonction existe dans toutes les GTB ; l'échéance, rarement.
- Les forçages manuels n'ont pas été levés. C'est le cas le plus coûteux. Une sortie forcée en marche permanente ne suit plus aucun programme et ne remonte aucun défaut. Elle fait ce qu'on lui a demandé — indéfiniment.
- Les circuits ne sont plus identifiables. « Départ 3 » ne dit pas ce qu'il dessert. Un horaire qu'on ne peut pas rattacher à un usage ne se corrige pas : on n'ose pas y toucher, donc on le laisse.
- L'optimisation de démarrage n'est pas activée, ou l'est mal. La plupart des régulateurs savent calculer l'heure d'enclenchement en fonction de la température extérieure et de l'inertie mesurée. Quand la fonction est absente, on avance l'horaire « pour être sûr » — et on chauffe deux heures de trop chaque matin, 200 jours par an.
- L'horloge elle-même est fausse. Dérive de quelques minutes par mois sur un automate sans synchronisation, changement d'heure d'été non géré sur un équipement tiers, sous-station restée à l'heure d'un autre fuseau après un remplacement de carte.
Aucun de ces sept points ne produit d'alarme. Sur la supervision, tout est vert. Un équipement forcé en marche n'est pas en défaut : il fait exactement ce qu'on lui a demandé.
Ce que dit la norme
La commande temporelle n'est pas un réglage de confort : c'est une fonction d'automatisation évaluée comme telle. La norme SIA 386.110 — qui reprend en Suisse la méthode de la norme européenne EN ISO 52120-1 — classe les installations de A à D selon les fonctions d'automatisation effectivement présentes et actives. La programmation horaire de l'émission, de la distribution et de la ventilation, ainsi que la commande en fonction de l'occupation, figurent parmi les fonctions qui déterminent directement ce classement.
Le mot important est actives. Une fonction présente dans l'automate mais non paramétrée, ou neutralisée par un forçage, ne produit aucun effet. Une installation peut donc être conçue en classe B et exploitée en classe C ou D sans qu'aucun document ne le signale. C'est la situation la plus fréquente.
Du côté des protocoles, le vocabulaire existe et il est normalisé. BACnet (ANSI/ASHRAE 135) définit des objets dédiés — Schedule pour l'horaire hebdomadaire, Calendar pour les jours d'exception — et un mécanisme de priorités à seize niveaux sur chaque sortie commandable, où la commande manuelle et la commande automatique n'occupent pas le même rang. Ce mécanisme est précisément ce qui permet de distinguer une dérogation d'un forçage. Il est disponible dans presque toutes les installations, et exploité dans très peu.
Mettre en place une hiérarchie
Trois niveaux suffisent, à condition d'être écrits dans le cahier des charges et vérifiés à la réception.
- Le programme est la référence. Il vit dans l'automate, pas dans la supervision : une sous-station isolée de son serveur doit continuer à respecter ses horaires.
- La dérogation est une modification bornée dans le temps, accessible à l'exploitant, avec une échéance obligatoire. Une dérogation sans date de fin ne doit pas pouvoir être validée.
- Le forçage est une intervention de maintenance, à priorité haute, réservée aux techniciens, et il doit être visible : liste des points forcés en page d'accueil de la supervision, et alarme automatique dès qu'un forçage dépasse une durée convenue — 24 ou 72 heures selon les installations.
Une alarme sur la durée d'un forçage est la seule mesure qui transforme un forçage oublié en événement traité. Sans elle, la hiérarchie reste une intention de cahier des charges.
La méthode d'audit
- Exporter tous les programmes horaires et tous les calendriers, par circuit. La plupart des GTB le font en un fichier ; sinon, des captures d'écran font l'affaire.
- Lister les points forcés, toutes priorités confondues. C'est la première opération, et souvent celle qui explique tout.
- Rattacher chaque programme à un usage réel et à une personne qui le connaît. Les programmes orphelins se traitent en dernier, jamais en premier.
- Comparer aux heures d'occupation réelles, pas aux heures déclarées. Un relevé de badgeuse, un comptage de présence ou simplement l'historique d'une sonde de CO₂ tranchent en une semaine.
- Vérifier l'horloge et sa synchronisation sur chaque automate, y compris les équipements tiers raccordés par passerelle.
- Reprogrammer, puis inscrire la révision annuelle du calendrier dans le contrat d'exploitation. Sans cette dernière ligne, l'audit se répétera à l'identique dans trois ans.
Le tableau à reprendre
Ce tableau s'annexe au cahier des charges et se remplit avec l'exploitant. Il devient ensuite le document de référence de la réception, puis de la révision annuelle.
| Circuit / installation | Usage desservi | Occupation réelle | Programme | Jours d'exception | Optimisation de démarrage | Dérogation autorisée | Responsable |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| CTA 01 | Bureaux niveau 1–2 | Lu–Ve 07h00–18h00 | Lu–Ve 06h30–18h30 | Calendrier fériés VS | Oui | Exploitant, 4 h max | Gérance |
| Chauffage départ 1 | Bureaux niveau 1–2 | idem | Lu–Ve, réduit 19h–05h | Calendrier fériés VS | Oui | Exploitant, 24 h max | Gérance |
| CTA 02 | Salle polyvalente | Sur réservation | Hors programme, sur demande | — | Non | Sur réservation | Commune |
| Chauffage départ 3 | À identifier | Inconnue | Continu | Aucun | Non | — | — |
La dernière ligne est celle qui compte. Un circuit sans usage identifié tourne en continu parce que personne n'ose l'arrêter. Le nommer dans un tableau signé est ce qui déclenche enfin l'investigation.
Ce que ça change
L'ordre de grandeur mérite d'être annoncé honnêtement : corriger des horaires ne rénove pas un bâtiment. Sur une installation dont les programmes ont dérivé, la réduction porte sur les heures de fonctionnement des auxiliaires et sur les périodes de mise en température inutiles — c'est une économie réelle, mesurable, et obtenue sans investissement.
Mais le gain principal est ailleurs. Un bâtiment dont chaque circuit a un usage identifié, un horaire justifié et un responsable nommé est un bâtiment qu'on peut régler. Tant que ce tableau n'existe pas, toutes les optimisations suivantes — courbe de chauffe, débits variables, free-cooling — porteront sur une installation qui tourne, de toute façon, trois fois plus longtemps que nécessaire.
wall-i est un bureau d'ingénieurs indépendant en MCR et GTB, basé en Valais. Nos cahiers des charges sont ouverts à toutes les marques et nos livrables suivent les normes SIA et la nomenclature KBOB. Un sujet que vous aimeriez nous voir traiter : hello@wall-i.ch