Quatre classes d'efficacité, de A à D. La plupart des bâtiments existants sont en C — non par choix, mais parce que personne n'a jamais posé la question.
SIA 386.111, édition 2022, est la reprise suisse de la norme internationale EN ISO 52120-1. Elle a remplacé l'édition fondée sur l'EN 15232-1. La deuxième partie, SIA 386.112 (ISO/TR 52120-2), en contient les explications et justifications.
Une classe que personne ne demande
Un bâtiment a une classe d'efficacité d'automation comme il a une étiquette énergétique. La différence est qu'elle n'est presque jamais calculée, jamais écrite dans un contrat, et jamais vérifiée à la réception. Elle existe néanmoins : elle résulte des fonctions effectivement présentes et actives dans l'installation.
Ce que la norme classe réellement
Le point mal compris est celui-ci : la norme ne classe pas des équipements, elle classe des fonctions.
Elle passe en revue, famille par famille, les fonctions d'automation d'un bâtiment — régulation de l'émission de chaleur et de froid, régulation de la distribution, régulation de la production, programmation horaire et commande en fonction de l'occupation, ventilation et climatisation, éclairage, stores — puis les fonctions de gestion technique : détection des défauts, surveillance des consommations, rapports. Pour chaque fonction, elle décrit quatre niveaux de sophistication croissante. La classe du bâtiment est la synthèse de ces niveaux.
Conséquence directe : il n'existe pas de « GTB de classe B » au catalogue. Un automate ne porte pas de classe. C'est l'installation paramétrée, dans son usage réel, qui en porte une.
Les quatre classes
| Classe | Ce que la classe suppose | Cas typique |
|---|---|---|
| A | Régulation par pièce, détection de présence et de fenêtre, gestion de la demande, optimisation et détection automatique des défauts | Neuf performant, cible Minergie |
| B | Régulation par pièce communicante, horaires par zone, surveillance des consommations et des alarmes | Objectif réaliste en rénovation |
| C | Régulation par zone, consignes fixes, horaires centraux. La GTB affiche mais n'optimise pas | Bâtiment des années 2000–2015 |
| D | Aucune communication, réglages manuels, aucune surveillance. Non conforme à l'état de la technique | Installation non rénovée |
La classe C est la référence de la méthode : c'est l'état standard, celui auquel les autres classes sont comparées. Elle n'est pas un défaut de conception. Elle devient un problème seulement quand personne ne s'est demandé si elle suffisait.
Pourquoi la plupart des bâtiments sont en C
Ce n'est presque jamais une décision. C'est une addition de non-décisions.
- La classe visée n'apparaît dans aucun document de projet. Elle n'est donc ni chiffrée, ni comparée, ni vérifiée.
- Les fonctions de classe B se situent très majoritairement à l'étage — régulation terminale communicante, horaires par zone, comptage par usage. Or c'est le poste que l'on réduit en premier quand le budget se tend, parce qu'il est le moins visible.
- Les fonctions de gestion technique sont livrées comme des options de licence. Surveillance des consommations, détection des défauts : elles ne sont ni activées ni paramétrées à la mise en service, et plus personne n'y revient.
- La réception porte sur le fonctionnement, pas sur la performance. On vérifie que la vanne s'ouvre, pas que la fonction d'optimisation existe.
L'écart entre la classe conçue et la classe exploitée
C'est le point le plus important de cet article, et celui qu'il faut retenir si l'on n'en retient qu'un.
Une classe ne s'achète pas avec du matériel. Une installation équipée pour la classe B mais paramétrée en consignes fixes, avec des horaires neutralisés par des forçages permanents et une surveillance jamais activée, est exploitée en classe C. Ce sont les fonctions actives qui comptent, pas celles qui figurent au bordereau.
Un bâtiment peut donc être conçu en B, payé en B, et exploité en C pendant vingt ans sans qu'aucun document ne le signale — parce qu'aucun document ne l'a jamais mesuré.
Les ordres de grandeur
La norme fournit des valeurs de référence pour quantifier l'écart entre classes. Pour des immeubles de bureaux, les gains annoncés pour un changement de classe sont les suivants.
| Passage | Chauffage | Froid | Électricité |
|---|---|---|---|
| D → C | 10 % | 8 % | 6 % |
| C → B | 17 % | 13 % | 10 % |
| C → A | 28 % | 24 % | 17 % |
| B → A | 13 % | 13 % | 8 % |
Deux précautions d'usage. Ces valeurs sont des facteurs de calcul conventionnels, pas des mesures : elles servent à comparer des variantes au stade du projet, pas à promettre une facture. Et la méthode de l'EN ISO 52120-1 les module désormais selon le climat, là où l'ancienne EN 15232 utilisait des facteurs fixes — un gain calculé pour le Plateau et un gain calculé pour une station de montagne ne sont pas le même nombre.
Passer de C à B : ce que ça demande vraiment
Le réflexe est de regarder la chaufferie. C'est rarement là que ça se joue.
Passer de C à B ne demande presque jamais de toucher à la production de chaleur. Il faut de la communication : des régulateurs terminaux qui parlent à la GTB plutôt que des thermostats isolés, des horaires par zone plutôt qu'un horaire central, la lecture et l'historisation des compteurs déjà posés, et une surveillance des alarmes réellement exploitée.
L'investissement porte donc sur l'automation d'étage et sur le réseau, pas sur le générateur. Ce qui en fait l'une des rares mesures d'efficacité énergétique réalisables sans arrêt d'exploitation, par étapes, et sans toucher à l'enveloppe.
La clause à inscrire au cahier des charges
Une classe non écrite n'est pas exigible. Trois lignes suffisent à la rendre contractuelle.
- Déclarer la classe visée selon SIA 386.111 (SN EN ISO 52120-1), fonction par fonction et non globalement — c'est la forme sous laquelle la norme est utilisable.
- Exiger la liste des fonctions correspondantes, avec pour chacune l'objet ou le point de données qui la réalise. Une fonction sans point de données n'existe pas.
- Porter la vérification de ces fonctions à la réception, au même titre que les tests fonctionnels, et consigner le résultat. C'est cette ligne qui empêche l'écart entre la classe conçue et la classe exploitée.
Un maître d'ouvrage qui exige ces trois points obtient quelque chose de rare : une exigence de performance vérifiable sans instrument de mesure et sans campagne, puisqu'elle se contrôle fonction par fonction, écran en main.
Ce que ça change
L'intérêt de la classification n'est pas la lettre. Peu de maîtres d'ouvrage se réjouiront d'un B plutôt que d'un C.
L'intérêt, c'est qu'elle oblige à écrire ce qu'on attend d'une GTB avant de l'acheter — fonction par fonction, en langage d'exploitation et non de catalogue. Un bâtiment dont la classe visée est écrite au cahier des charges est un bâtiment dont on a discuté les fonctions. Dans la plupart des projets, cette discussion n'a tout simplement jamais lieu.
wall-i est un bureau d'ingénieurs indépendant en MCR et GTB, basé en Valais. Nos cahiers des charges sont ouverts à toutes les marques et nos livrables suivent les normes SIA et la nomenclature KBOB. Un sujet que vous aimeriez nous voir traiter : hello@wall-i.ch